mardi 14 avril 2015

Ma Ptite Interview avec Emma Foster, auteur de Péché Exquis

Après avoir lu Péché Exquis, j'ai demandé à Emma Foster si elle était d'accord pour répondre à quelques unes de mes questions et elle a gentiment répondu oui . Je tenais donc à dire un grand merci à Emma pour sa gentillesse , sa disponibilité et pour les superbes réponses qu'elle nous a offert.  J'espère que ces questions réponses vous permettront de découvrir cette auteur que j'ai pu rencontrer au salon du livre.


Bonjour Emma, comment as tu décidé d'écrire de la romance érotique?

J’en traduis depuis quelques années (je suis la traductrice de la série de Vina Jackson, 80 notes, chez Milady romance) et en voyant tout le battage autour de 50 nuances de Grey, j’ai eu envie d’écrire un roman qui utiliserait le BDSM à des fins psychologiques. Je voulais écrire l’histoire d’une femme qui se sert de cette sexualité pour expier une faute et d’un homme qui découvre sur le tard qu’il est dominateur et qui va être initié par cette femme. J’ai raconté cette idée à l’éditrice avec qui je travaillais chez Milady romance et elle a été emballée.

Peux tu nous dire combien de tomes va compter la saga Les Nuits Tentatrices dont Péché Exquis en est le premier tome?

Il y aura 3 tomes.

Qui a choisi la magnifique couverture du livre et peux tu nous expliquer sa symbolique?

Le graphiste de Bragelonne nous a proposé, à mon éditrice et moi, 7 couvertures différentes pour Péché exquis. C’est celle-ci qui m’a tapé dans l’œil. J’ai aimé le fond blanc et le collier en forme de serpent : je l’ai trouvée originale, suggestive et élégante. Pour la petite histoire, je n’avais pas fini d’écrire Péché exquis lorsque j’ai vu cette couverture et j’ai tout de suite dit : « C’est celle que je préfère et elle me donne une idée pour la fin : je vais rajouter un collier. » Il faut savoir que le collier a une symbolique chargée dans le BDSM : il représente le lien entre un(e) dominant(e) et sa (son) soumis(e). On en trouve de toutes sortes : en cuir, en chaîne, en corde, etc, ils peuvent être larges, fins, voyants ou au contraire discrets. Et comme Adam a avancé dans son « éducation » à la fin du roman et qu’il est prêt à franchir le pas pour garder Eve, il est logique qu’il lui en offre un. Mon choix de couverture a été validé et mon éditrice a demandé au graphiste d’éclaircir le bleu des pierres afin qu’il soit raccord avec la description des yeux d’Eve.

Quand pourrons nous lire la suite des aventures d'Adam et Eve?

Le tome 2 sortira en février 2016.

Je suppose que le choix des prénoms n'est pas anodin. Eve donne ce surnom à Adam pour ne pas lui révéler sa véritable identité. Doit on y voir une certaine symbolique?

Ce qui est étonnant, c’est que le personnage d’Eve m’est venu en premier, mais elle n’avait pas de prénom bien défini. En revanche, quand j’ai commencé à bâtir le personnage masculin, j’ai su immédiatement qu’il s’appellerait Adam. Et comme je voulais que mon personnage féminin garde son mystère jusqu’au bout, j’ai décidé qu’elle se choisirait un pseudonyme en fonction de son prénom à lui. Mais Adam et Eve, évidemment, ce n’est pas anodin. Outre le fait qu’il s’agit du premier couple, avec toute la symbolique qui y est liée, dans la Bible, Eve est l’exemple même de la soumission, qui est le châtiment qui lui est réservé pour avoir fauté. Elle est condamnée par Dieu à être soumise à son époux et à connaître la douleur de l’enfantement.


L'histoire se déroule dans le milieu BDSM, quelles sont les recherches que tu as faites pour décrire ce milieu avec tant de précisions?

Quand j’ai commencé à traduire le tome 1 de la série de Vina Jackson, 80 notes de jaune, j’ai été déroutée par le vocabulaire technique. Et comme je ne sais pas faire les choses à moitié, j’ai cherché des renseignements : je ne pouvais pas imaginer traduire à côté ou faire des contresens sur certaines pratiques. Je me suis vite rendue compte qu’Internet avait ses limites, alors j’ai cherché à rencontrer des gens pratiquant le BDSM. C’est ainsi qu’un ami m’a présenté une de ses amies, Sixtine, qui m’a entrouvert la porte de ce milieu. D’ailleurs, quand Péché exquis a commencé à se préciser, avant même d’écrire une ligne, je lui ai donné les grandes lignes de mon roman pour qu’elle en valide la trame. Et alors que j’en étais à la préparation en amont (après la phase synopsis), elle m’a présenté une domina, Maîtresse Caritia, à qui j’ai servi d’interprète pendant trois jours lors d’un stage sur la domination. Cette expérience a été très enrichissante : j’ai observé nombre de pratiques et j’ai pu discuter avec les participants. Ensuite, j’ai mis Sixtine à contribution à de nombreuses reprises : elle m’a raconté pas mal d’histoires que j’ai récrites, modifiées, transposées, puis elle a relu certains passages de Péché exquis au fur et à mesure de l’écriture afin de rectifier certains détails qui auraient été impossibles à réaliser (notamment dans la scène de kinbaku, où elle m’a fait rectifier le système d’attache). Je voulais que Péché exquis soit crédible mais sans tomber cependant dans le documentaire, le BDSM pour moi n’est qu’une facette permettant d’exprimer la psychologie des personnages.

Tu as choisi de focaliser l'histoire sur 2 personnages dont nous ne connaissons pas grand chose, va t-on en apprendre plus sur Eve dans les prochains tomes?

Oui. Eve a un secret, comme tout le monde l’a deviné, et il sera révélé en temps et en heure. Je précise parce que ça m’a été demandé par une lectrice au Salon du Livre, que je sais où je vais et ce que je vais écrire. Et rien ne restera dans l’ombre.

J'ai aimé le fait que le livre soit du point de vue masculin et donc d'Adam. L'idée d'avoir à 4 reprises le point de vue d'Eve est à mes yeux très intéressant. Pourquoi avoir fait ce choix?

Deux choses m’agacent dans la mode BDSM qui sévit en ce moment : la première, c’est que l’héroïne est souvent une oie blanche peu ou pas expérimentée qui accepte des pratiques absolument ahurissantes d’un coup de baguette magique. La deuxième, c’est que l’homme est souvent une caricature. J’avais envie de donner le point de vue d’un homme pour sortir justement de cet aspect caricatural. On a ainsi accès à ses sentiments et à ses motivations, ce qui permet de sortir du schéma du dominateur sans âme. Mais je ne pouvais pas me contenter de ce point de vue : j’avais peur que les lectrices soient frustrées de ne rien savoir sur Eve et j’avais envie aussi de lui donner une voix. J’ai décidé tout de suite que ce serait des passages narrativement différents, d’où le choix de la forme du journal intime. Et quand j’ai commencé à écrire sa première entrée, celle qui commence par les vers d’Apollinaire, j’ai été comme habitée par la voix de ce personnage, et j’ai écrit quelque chose d’assez poétique et différent. Mon éditrice ayant été séduite par ces quelques pages, j’ai continué dans cette voie/x. J’avais envie qu’Eve donne son point de vue sans en dévoiler trop et que ces pages forment un contrepoint au point de vue d’Adam.

Tu te distingues aussi des autres romances BSDM car tu transformes les objets du quotidien en objets de plaisir dans les scénarios. Pourquoi ne pas avoir utiliser les "objets traditionnels"?

Il y a beaucoup d’objets effectivement dans le BDSM, dont certains peuvent être assez effrayants au premier abord. Mon idée, c’était de montrer que la domination, c’est quelque chose qu’on a en soi et qu’on peut l’exprimer sans objets extérieurs. D’ailleurs, à la fin, on voit bien qu’Adam est sur la voie de la domination par la parole, qui est une étape importante. Quand j’ai passé du temps avec Maîtresse Caritia, elle a expliqué que les objets étaient finalement secondaires dans la domination et qu’il fallait avant tout faire preuve de présence dans le jeu et avec son/sa partenaire. Elle m’a aussi dit cette chose qui m’a frappée : « Pas besoin d’aller dans un sex shop : tout est dans la cuisine. » Quand je suis rentrée chez moi, j’ai fait l’inventaire de tout ce qui pouvait servir et je me suis dit qu’elle avait raison, les possibilités sont vastes. Il y a autre chose qui me plaît dans cette utilisation des objets du quotidien : ça laisse une place plus large à l’imagination et à l’improvisation. La scène dans la cuisine (qui a marqué beaucoup de lectrices) m’est venue tout de suite, et il était très important pour moi qu’elle soit la dernière scène érotique du roman : elle marque une étape cruciale dans l’initiation d’Adam, elle prouve qu’il a intégré la domination, la preuve, il est capable d’improviser avec ce qu’il a sous la main.

Quelles ont été les scènes les plus difficiles à écrire pour toi dans ce premier tome?

Le tout début, la présentation d’Adam dans son cadre. J’ai tout de suite su que j’allais commencer par cette scène dans la tour de la Défense : j’avais en tête la fin du Père Goriot, quand Rastignac contemple Paris depuis le cimetière du Père Lachaise. Je voulais commencer par une description mélancolique de Paris, par un homme riche mais insatisfait, qui voit la ville comme une femme offerte. Mais ce début m’a donné du fil à retordre et le premier chapitre est celui que j’ai récrit le plus de fois : j’avais du mal à doser ce que je voulais dire. Fallait-il laisser planer du mystère sur Adam au risque de trop intriguer le lecteur ? Ou au contraire en raconter suffisamment pour que le lecteur soit satisfait tout de suite ? Heureusement que mon éditrice était là pour répondre à mes questions, sinon j’y serais encore.

Quelle est ta scène préférée dans ce premier tome?

J’adore les passages du journal d’Eve. J’ai vraiment eu l’impression de laisser jaillir quelque chose de moi, d’être en osmose avec ce personnage, mais ce n’est pas étonnant puisque j’ai bâti toute mon histoire autour d’elle, de son absence et de son mystère. Au niveau des scènes érotiques, j’ai une faiblesse pour le dîner de Sade, qui est le point culminant du roman, le moment où Adam accepte de vivre cette sexualité nouvelle de manière publique, d’où les préliminaires dans l’ascenseur. J’ai beaucoup réécrit cette scène et je la trouve plutôt réussie.

Au salon du livre de Paris, tu as pu rencontrer tes lecteurs sur le stand Milady, as tu eu des retours sur ton histoire?

Oui, certaines lectrices sont venues me trouver pour me dire qu’elles m’avaient lue et j’ai été extrêmement touchée par leur démarche et par leurs retours. Elles ont adoré les passages du journal d’Eve, la poésie et le mystère de ce personnage, ce qui, maintenant que vous savez à quel point ce personnage est important, m’a vraiment émue. Le deuxième compliment qui est revenu dans toutes les bouches concerne les scènes érotiques, qu’elles ont trouvées magnifiques. Le troisième concerne le style : elles m’ont toutes qu’elle l’avait trouvé beau, voire parfois sublime et poétique et franchement, c’est le plus beau compliment qu’on puisse faire à un auteur.

Merci beaucoup pour cette interview très enrichissante . Rendez vous donc en février 2016 pour la suite. 

Si vous n'avez pas encore lu Péché Exquis, vous pouvez retrouver ma chronique ICI et pour le commander, il vous suffit de cliquer ci dessous


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